Jean-Philippe a écrit:Alors qu'il y a 688 suffrages exprimés de plus, la liste de gauche perd 124 voix sur le total du premier tour. La mobilisation de second tour a exclusivement profité à la droite, avec des électeurs de la liste PS qui ont voté à droite à cette occasion.
Chers camarades,
Au lendemain de la sévère défaite que la gauche vient de connaître à Noisy, je tiens aujourd’hui à m’adresser à chacun d’entre vous afin de vous faire part de mon analyse de la situation politique pour la gauche et tenter de tirer de premières leçons pour l’avenir. Je considère avoir un devoir de vérité et un devoir de responsabilité.
Pour essayer de comprendre les causes d’un tel échec, il faut tout d’abord revenir sur les raisons de notre victoire en 2008. A l’époque, je n’imaginais pas pouvoir être désignée comme tête de liste des socialistes, car je savais que les responsables de la fédération départementale, tout comme Claude Bartolone et Gilbert Roger, avaient contacté Elisabeth Guigou pour qu’elle soit elle-même candidate. Finalement, pour des raisons parfaitement compréhensibles, compte tenu de ses expériences précédentes, Elisabeth nous a fait savoir qu’elle ne souhaitait pas conduire la liste, au nom du non-cumul des mandats et compte tenu de la charge de travail que représentaient les cours qu’elle donnait à l’université.
C’est alors qu’Elisabeth décida de soutenir ma candidature au détriment de celle de Jean-Paul Lefebvre. J’ai ensuite été désignée par la section et la fédération départementale même si bien peu croyaient que la victoire eut été possible quelques mois plus tard. Déjà certains dans nos rangs considéraient que je n'étais pas capable de mener une campagne, pas capable de diriger une ville, pas capable de convaincre les électeurs, mais nous étions au moins rassemblés et une belle dynamique s’enclencha, ce qui nous permis, avec le soutien des Verts, du PRG et du MRC d’être en tête au 1er tour et de l’emporter au second tour.
Si nous pouvions tirer une première leçon de cette victoire inespérée en mars 2008, c’est que lorsque les socialistes sont unis, la gauche peut se rassembler et l’emporter à Noisy comme ailleurs.
Une fois passées les joies de la victoire en mars 2008, j’ai très vite compris que ce mandat ne serait pas un long fleuve tranquille. Ce fut, sans même le début d'une action menée, le procès en incompétence et en illégitimité qui me fut intentée dans nos propres rangs. Rétrospectivement, quelle meilleure arme politique pour affaiblir une nouvelle élue qui ne vient pas du « sérail politico administratif », que d’expliquer partout qu’elle ne serait pas compétente. Aux yeux de ceux qui ont instruit ce procès digne d'un autre âge, une femme avec un parcours atypique ne peut gérer une ville de 40 000 habitants.
Chez nos propres amis, il y eut donc dès mon élection cette offensive mâtinée de misogynie devant décrire mon illégitimité de principe. Chez nos partenaires de gauche, ce fut, dès le début du mandat, la guerre de tranchées. Il faut dire qu’avec seulement 10 élus socialistes, nous étions minoritaires au sein de la majorité municipale face à 13 élus communistes, 6 élus Verts et 1 PRG. Je suis alors devenue capitaine d’un navire, qui n’avait pas la main sur la barre et dont une partie des matelots a décidé de se saborder.
Oui, ces 3 ans de mandat peuvent apparaître comme la triste chronique d’une gauche qui a décidé de s’autodétruire. Mais nous avons aujourd’hui la responsabilité de dire au nom de quoi, la gauche noiséenne a décidé de couler le navire qu’elle venait de conquérir sur la droite.
L’ « incompétence » tout d’abord. La gauche s’est sabordée parce que, pour elle, je ne serais pas « compétente ». Ceux qui ont tenu ce discours dérisoire devront, à l'aune du cataclysme qu'a engendré de tels jugements de valeur, expliquer aux camarades du Parti d'ici et d'ailleurs, qu’il y a deux catégories de citoyens, ceux qui sont « aptes » à diriger, à comprendre et ceux qui ne sont là que pour voter les orientations de cette nouvelle noblesse socialiste.
La « gouvernance » ensuite. Ce mot si pudique, utilisé à l’envie par nos partenaires de gauche pour expliquer qu’ils n’étaient pas suffisamment associés à la prise de décision. En réalité, ils voulaient tout simplement me mettre « sous tutelle » et faire que je n’exerce pas pleinement mes responsabilités de maire et les délégations que le Conseil municipal m’avait confiées. Ils voulaient tout simplement être maire de leur délégation !
Bien sûr, je ne suis pas exempte de tout reproche et je ne fais pas partie de ceux qui considèrent que cette défaite est de « l’entière responsabilité » de tel ou telle. Avec comme seule expérience d’élue, les 18 mois d'adjointe au maire Jean-Louis Mons, j’ai moi aussi commis des erreurs et connu quelques embûches sur une route qui, il est vrai, en était pavée. Je me suis sans doute mal entourée au début de mon mandat. Sans doute, ai-je voulu agir parfois trop rapidement pour accélérer le rythme du changement dans cette ville. Mais il faut dire que la tâche n’était pas simple.
Il fallait redresser les finances d’une ville sortie exsangue de la gestion « Rivoire ». Il fallait réinstaller une nouvelle administration et gérer une sorte de « cohabitation politique » dans laquelle nous étions minoritaires au sein de la majorité municipale. Dans notre propre groupe, il a fallu aussi gérer « l’individualisme » de certains élus, qui absents lors de Conseils municipaux importants n’avaient pas voulu, par exemple, laisser de procurations à un autre membre du groupe.
Dans ce contexte politique, il ne manquait plus qu’un alibi, pour déclencher les grandes manœuvres d’une partie de la majorité. Un sujet fit l'affaire, celui de la suppression de la police municipale. Certes, cette question fait l’objet d’un vrai clivage politique, idéologique même, entre d’un côté le parti socialiste et de l’autre le parti communiste et les Verts. Pourtant, s’agissant d’un service qui existait déjà lorsque nous avons gagné la ville, ce débat ne justifiait en aucune façon de saborder la majorité municipale.
J’ai alors tout fait pour éviter d’en arriver à une dissolution du Conseil municipal, sachant les risques que cela pouvait engendrer pour la gauche.
Les organisations départementales du PS et du PC ont également tout entrepris depuis l’été dernier pour éviter d’en arriver à des élections partielles. De nombreuses médiations sont alors intervenues, que ce soit celle de Gérard Cosme, le maire du Pré Saint-Gervais, ou celle de Claude Bartolone, qui a réuni au Conseil général l’ensemble des membres du groupe socialiste afin de tenter de trouver une solution et éviter d’arriver à cette extrémité.
Un compromis avait même été trouvé, toujours par l’intermédiaire de Claude Bartolone, lui-même en contact régulier avec Gilles Garnier au Conseil général. Il s’agissait alors de proposer au PC et à Gilles, compte tenu de la démission des élus Verts, une véritable « co-gestion » de la ville, avec le poste de 1er adjoint, et le transfert de délégations supplémentaires comme le personnel ou le logement. Je crois pouvoir dire que Gilles Garnier était prêt à accepter cette proposition qui aurait permis à la gauche de rester aux commandes de cette ville. Malheureusement, une fois encore, nous avons été victimes de nos propres turpitudes puisque Gilles Garnier s’est fait ensuite « courtisé » par plusieurs élus du groupe socialiste qui sont venus à tour de rôle leur expliquer que si successivement Jean-Paul Lefebvre, ou Philippe de Vischer, ou Elisabeth Guigou devenait maire, il deviendrait aussi 1er adjoint.
Tout cela a de quoi faire tourner la tête et tendre vers l'irrationnel lorsque dans un vaste jeu de dupes, les membres du groupe socialiste vont voir notre principal concurrent pour lui proposer mon éviction sur tapis vert en échange de son soutien. En toute logique, Gilles Garnier a fini par se dire, qu’il était désormais lui aussi en droit de se voir à ma place, place qui lui était somme toute quasiment offerte par mes propres amis.
Après l’alibi de la question de la police municipale, vint l’étincelle. L’étincelle, ce sont quelques sondages, en particulier celui réalisé par le national, qui montrait que la gauche était, quelle que soit les hypothèses de 1er tour, largement majoritaire au second tour. Le spectre d’un retour de la droite n’a alors fait plus peur à certains, qu’ils soient issus de nos rangs ou de nos partenaires.
Nous le savons tous, la machine à perdre s'emballe lorsque la gauche passe plus de temps à vouloir se compter, se concurrencer, qu’à se rassembler face à une droite qui ne rêvait que de revanche.
Ce fût aussi le début de l’hallali lancé à mon égard que ce soit par une partie des élus socialistes ou de nos partenaires qui pensaient que c’est en m’évinçant pour certains, voire en m’humiliant pour d’autres, que la gauche pourrait se maintenir à Noisy-le-Sec. J’ai d’ailleurs été assez frappée par la contradiction des commentaires et des reproches qui m’ont été faits après le 1er tour. D’un côté, les Verts et le PC, comme une partie d’ailleurs de nos propres amis comme l’explique Philippe Guglielmi dans son courrier, ont tout fait pour éviter que je ne me retrouve sur la liste de 2e tour et de l’autre ces mêmes sont venus me reprocher de ne pas avoir suffisamment fait campagne pour le 2e tour. Comment voulez-vous que les électeurs socialistes de 1er tour s’y retrouvent…
D’ailleurs, ne nous y trompons pas, à ceux qui ont entonné le chant du changement de maire comme unique solution à tous nos maux, je souhaite rappeler que tous les membres de la majorité furent comptables de nos parts de lumière et d’ombre dans la gestion des affaires publiques. Pour former des unions fortes, il faut que tout le monde tire dans le même sens, c’est ce qui fut si difficile depuis mars 2008.
Cela fait maintenant bien longtemps que je ne me sens plus touchée par les attaques personnelles, les diffamations, les caricatures dont j’ai été l’objet tout au long de ces 3 années mais je ne pensais pas que la politique pouvait générer tant de violence, tant de haine.
Alors qu’au plan national, le gouvernement et le Président de la République abîment notre pays par des politiques régressives, injustes, liberticides, je retiens une leçon de cette défaite. Lorsque les socialistes se divisent, le rassemblement de la gauche devient impossible et la droite l’emporte. Cette leçon vaut pour tous les socialistes, toute la gauche et toutes les élections.
Amitiés socialistes.
Alda PEREIRA LEMAITRE
Robespierre a écrit:Bien sûr, je ne suis pas exempte de tout reproche et je ne fais pas partie de ceux qui considèrent que cette défaite est de « l’entière responsabilité » de tel ou telle. Avec comme seule expérience d’élue, les 18 mois d'adjointe au maire Jean-Louis Mons, j’ai moi aussi commis des erreurs et connu quelques embûches sur une route qui, il est vrai, en était pavée. Je me suis sans doute mal entourée au début de mon mandat. Sans doute, ai-je voulu agir parfois trop rapidement pour accélérer le rythme du changement dans cette ville. Mais il faut dire que la tâche n’était pas simple.
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