de vudeloin » Jeu 29 Mar 2012 11:09
Ce qu’il y a d’intéressant, dans cette discussion, voyez vous, c’est qu’elle rentre enfin, un peu plus, dans le détail des choses…
L’une des questions posées, Emeric, c’est que nous sommes dans une étrange période de stagflation, ces temps derniers.
Pour des raisons assez surprenantes, les coûts de production ont tendance à se réduire (nous serions donc en phase déflationniste), ne serait ce que par l’effet des économies marginales de charges d’investissement, mais surtout du fameux « allégement du coût du travail », réalité recouvrant autant la baisse des cotisations sociales des salariés (et surtout des salariées d’ailleurs) et la précarisation des conditions de travail et d’emploi (les coûts de main d’œuvre étant de plus en plus gérés à la manière d’un stock de matières premières).
Et pourtant, nous avons eu, sur les douze derniers mois, un indice des prix à la consommation de 2,3 %, marquant une forme de relance de l’inflation, sans contrepartie pour le pouvoir d’achat.
On va me dire : pourquoi ?
La hausse du prix des matières premières ?
Pas faux si l’on regarde le prix de l’essence à la pompe, le problème étant que les quantités de pétrole arrivant en France n’ont pas varié et que c’est juste la marge de Total, entre autres, qui prend l’ascenseur…
Plus discrètement, parce qu’on en parle pas vraiment, il existe aussi dans les comptes de pas mal d’entreprises de ce pays deux charges qui sont souvent assez nettement sous évaluées pour ce qu’elles sont.
Ce sont celles résultant de la rémunération des actionnaires (on appelle cela des dividendes) et celles résultant de la sollicitation du secteur bancaire.
Parce qu’évidemment, en 2009, pour donner un exemple précis, malgré un niveau de progression des salaires particulièrement faible, nous avons atteint des records de liquidation d’entreprises et de cessation d’activités.
Et ce, alors même que l’Etat, dans le cadre de loi de finances rectificative d’octobre 2008, avait engagé 77 milliards d’euros, levés sur les marchés au titre de la dette publique, pour « mettre de l’huile dans les rouages « de notre système bancaire et éviter sa « thrombose « systémique.
Je dois dire d’ailleurs que l’allégement du coût du travail, pour reprendre la connotation plus que discutable des économistes dits libéraux, est une réalité constante des politiques publiques depuis une bonne grosse vingtaine d’années et que sa mise en œuvre (qui continue d’être promue par Nicolas Sarkozy, François Bayrou et même François Hollande) présente la particularité de coûter de plus en plus cher aux finances publiques ( trente à quarante fois plus en 2012 par rapport à 1993), pour une situation de l’emploi de plus en plus dégradée, une croissance plutôt molle et une situation des comptes sociaux loin d’être florissante.
Pour autant, la hausse du SMIC, comme de toute allocation qui pourrait être alignée sur son évolution, ne saurait suffire, de mon point de vue, comme remède à tous les maux de la société.
Même si je dois dire qu’un peu d’inflation ne nous ferait pas forcément de mal, attendu qu’elle allégerait la contrainte de la dette et de son taux d’intérêt « réel », pas le facial.
La hausse du SMIC ne peut s’articuler, sur la durée, que sur une remise en ordre du secteur bancaire et financier, entre autres questions, élément du programme du Front de Gauche et qui passe sans doute par des changements de pied dans la manière de gérer nos établissements de crédit.
Ensuite, n’oublions pas que la hausse du SMIC, a priori, c’est 300 euros bruts de plus tous les mois ou peu s’en faut pour 3 millions de salariés, et que 10 ou 12 milliards de plus, sur un an, dans une économie produisant 2 000 milliards d’euros de richesses, ma foi…
Accessoirement, je note aussi que le niveau de qualification des jeunes entrant sur le marché du travail, tout comme celui de quelques uns des smicards actuels, justifie pleinement la reconnaissance de leur valeur à un niveau plus conforme…
A moins, bien entendu, que l’on considère normal d’avoir fait des études à Bac et plus pour être payé moins de 1 000 euros mensuels…
Enfin, la mesure n’est pas à prendre isolément pour ce qu’elle pourrait « coûter » (ici plutôt aux entreprises qu’à l’Etat) mais aussi pour ce qu’elle est susceptible de générer comme nouvelles recettes, tant pour l’activité des entreprises que pour l’Etat.
Comme les mesures de compression de la masse salariale n’ont pas conduit à l’amélioration des comptes publics (elles ont même mené notre pays à connaître un effondrement de notre commerce extérieur et, de fait, une perte de compétitivité à l’export), on peut penser explorer d’autres voies.
Après, on peut penser plus important de laisser les choses en l’état et de voir les TPE connaître le déclin, faute de main d’œuvre acceptant d’être « mal payée », en attendant que le banquier du coin leur suce la moelle…